« N’aie donc pas honte… »

[:fr]Fonds Kamba Sita[:]

 

2 Ti, 1-3.6-12 – Ps 122(123) – Mc 12, 18-27

Mercredi de la 9e semaine du Temps Ord. (A)

 

Vous est-il déjà arrivé d’avoir honte ? Si oui, de quoi ou de qui ? Le sentiment de honte a plusieurs dimensions : sociale, corporelle, psychologique, spirituelle, etc. C’est un sentiment d’abaissement, d’humiliation résultant d’une atteinte à la dignité, de crainte du ridicule, qui empêche de manifester ouvertement ses réactions et manières de penser[1]. Avez-vous déjà eu honte de vous-même ou d’un proche voire d’un être cher ? Avez-vous déjà éprouvé de la honte collective ou communautaire ? Comment ne pas avoir le sentiment de honte lorsque des personnes en qui nous avons mis notre confiance posent des actes graves portant atteinte à la dignité humaine ou à l’éthique ? C’est par exemple le cas avec les abus sexuels sur mineurs de la part des personnes en autorité ; c’est le cas lorsque, collectivement, nous constatons avoir échoué face à la question des aînés (e) au Québec ou encore de nos politiques d’accueil voire d’inclusion des minorités et des différences. Nous devons, dans ces situations, éprouver de la honte et cela est justifiable.

Mais, qu’est-ce qui justifie notre sentiment de honte envers le Christ ; vis-à-vis de notre Nom de « chrétien » ? Qu’est-ce qui fait en sorte que nous ayons autant peur de témoigner par notre vie au cœur du monde ? Comment est-ce possible que nous ayons honte d’un être cher qui a tout donné, qui a tout sacrifié, voire sa propre vie, pour nous et pourtant il n’a posé aucun geste répréhensible ni été reprochable de quoi que ce soit ? Qu’est-ce qui justifie une telle ingratitude de notre part ? Par notre filiation divine au baptême, par l’imposition des mains, à la Pentecôte, nous avons reçu un Esprit de force, d’amour et de pondération, et non pas un esprit de peur (2 Ti 1, 7). Pourquoi donc demeurer repliés sur nous-mêmes ? Est-ce pour attendre l’autorisation de personnes qui ne partagent guère la mission d’annonce de l’Évangile de l’Église ? Pourquoi demeurer dans la peur de sortir pour témoigner que le Christ s’est manifesté, qu’il a détruit la mort et qu’il a fait resplendir la vie ainsi que l’immortalité par l’annonce de l’Évangile (2 Ti 1, 10) ?

Saint Paul n’a pas eu honte de subir des humiliations, de la souffrance, etc., parce qu’il savait en qui il a cru (2 Ti 1, 12). Comme lui, saint Charles Lwanga et ses compagnons n’ont pas eu honte ; ils n’ont pas eu peur de témoigner de leur foi avec le courage des premiers chrétiens. Le récit du Livre de la Genèse nous révèle qu’Adam et Ève ont éprouvé le sentiment de honte suivi de celui de la peur lorsqu’ils ont entendu la voix de Dieu dans le jardin d’Eden. La peur qui nous empêche de rendre témoignage du Christ vient de notre sentiment de honte. C’est un sentiment qui nous enferme dans le pessimisme, dans le doute sur les réalités d’en haut. Un tel sentiment nourri le dénie de la vie en plénitude. Une telle posture ferme la porte à l’Espérance chrétienne, à l’éternité. Voilà pourquoi le Christ n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Mc 12, 27). Alors, sortons de nos peurs en nous libérant de la honte de rendre témoignage au Christ (2 Ti 1, 8) ; n’ayons pas honte de l’Église et osons raviver le don gratuit de Dieu en nous (2 Ti 1, 6).

© Léandre Syrieix.

[1] Dictionnaire Larousse.

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