Des conditions pour une Évangélisation de manière crédible


 

Ac 20, 28 –38 – Ps 67(68) – Jn 17, 11b– 9

Mercredi de la 7e semaine de Pâques (A)

 

L’on pourrait penser que l’Évangélisation est une activité à mener comme toute entreprise purement humaine nécessitant un plan d’action, des outils concrets, une connaissance de l’Écriture et des arguments forts à présenter aux personnes ciblées, sans oublier une dose de prière ou d’invocation de l’Esprit-Saint pour « le travail ». Pourtant, bien que tous ces éléments soient nécessaires, ils ne suffisent pas, car on peut annoncer l’Évangile de la sorte tout en étant un contre-témoignage, en étant divisé personnellement ou communautairement. De fait, il n’y a pas d’Évangélisation qui puisse être faite de manière crédible sans unité au sein de l’Église.

Nous avons la responsabilité de veiller non seulement sur nous-mêmes (Ac 20, 28), mais aussi sur les autres ; d’être en relation avec les autres dans la mesure où l’on n’est pas chrétien seul. Les baptisés ont besoin d’une communauté de frères et de sœurs ; ils ont besoin de compagnons pour la mission. Ce temps de confinement, de descente en nous-mêmes et de relecture de nos pratiques religieuses ainsi que de nos vies chrétiennes est favorable pour revoir notre attitude les uns envers les autres. De fait, toutes les fois que nous avons une attitude passive par rapport à la vie de l’Église, une posture de « consommateurs » dans nos rapports avec les paroisses ou communautés chrétiennes, etc., nous ne veillons pas les uns sur les autres et recherchons notre bien personnel. Aussi, lorsque nous fréquentons nos communautés chrétiennes en étant plus intéressés par « notre messe » ou encore en ayant les yeux rivés sur la montre, nous ne veillons pas sur les autres, en particulier sur toutes ces personnes bénévoles qui, par leur implication, rendent possible la vie dans nos communautés chrétiennes. Lorsque nous ne nous intéressons pas aux personnes assises proches de nous dans les églises ou lieux de rassemblement (aucun regard ni sourire), nous ne veillons pas les uns sur les autres. Avec de tels agissements, quel témoignage donner au monde ? Comment annoncer l’Évangile de manière crédible aujourd’hui ? Qu’en sera-t-il lorsque nous pourrons nous rassembler de nouveau avec encore plus de distance entre nous ?

Saint Paul nous met également en garde contre les faux prophètes, contre les prophètes de malheurs, contre les « loups actuels » qui, de l’extérieur savent comment l’Église doit fonctionner ou encore ont une grande vision de ce qu’elle devrait être en ce troisième millénaire. Soyons vigilants à demeurer fidèles à la Parole de Dieu et aux engagements de notre baptême. Ne cédons pas à la tentation de la mode, d’une conception démocratique de l’Église, du syncrétisme, de la peur ou du désenchantement. De plus, saint Paul nous alerte contre ceux et celles qui se lèvent parmi nous pour diviser l’Église de bien de manières. C’est ainsi que des schismes sont survenus dans l’Église de l’intérieur soit par manque d’humilité, par orgueil ou encore par une obsession à vouloir faire sa volonté personnelle. Ainsi, lorsqu’une personne ou un groupe isolé est convaincu qu’il possède la vérité et considère le reste du troupeau ou de la communauté comme étant dans l’erreur, c’est indubitablement le signe qu’il devrait s’interroger. Lorsque les charismes des individus ou des groupes deviennent source de division plutôt que d’unité ; lorsqu’ils deviennent un frein à l’Évangélisation ; lorsqu’ils emmènent à faire route à part ou en dehors du troupeau, c’est le signe que ce n’est pas un fruit de l’Esprit. Car on ne fait pas Église seul.

Nous avons le devoir de nous efforcer à rechercher constamment la réforme ou la révision de nos pratiques, à le renouveler. Ainsi, c’est par l’exercice de la relecture spirituelle, du discernement, que nous pourrons, comme saint Paul nous y invite, veiller sur nous-mêmes et sur le troupeau (Ac 20, 28), à être vigilant (Ac 20, 31) tant par rapport à ce qui vient de l’extérieur que de l’intérieur de l’Église. Finalement, comme le Christ, nous devons prier pour ne pas céder aux tentations de la division, de l’orgueil, mais rechercher constamment l’unité qui est une condition sine qua non à toute annonce de l’Évangile à nos contemporains.

Jésus a prié pour ses disciples afin qu’ils soient unis comme Lui, son Père et l’Esprit-Saint sont uns (Jn 17, 11). Par notre baptême et l’imposition des mains, nous sommes devenus disciples du Christ. Il continue donc à prier pour nous afin que nous demeurions unis pour poursuivre l’œuvre d’Évangélisation des nations. Voilà pourquoi nous sommes appelés, comme lui, à prier constamment pour cette unité et à veiller à ce qu’aucun d’entres-nous ne se perde (Jn 17, 12). Notre vocation ici-bas consiste à faire connaître le Christ, à le faire aimer et c’est pourquoi nous ne devons pas juger le monde, mais l’aimer avec l’assurance qu’il nous garde du mauvais (Jn 17, 15) au cœur de notre mission par l’action de l’Esprit-Saint.

© Léandre Syrieix.

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