Des sources de bonheur pour aujourd’hui : Douceur et Justice


Plusieurs personnes sont convaincues que leur bonheur dépend de la richesse matérielle qu’elles possèdent […]  j’ai identifié quelques sources de bonheur inhérentes […] elles sont toutes des attitudes à cultiver qui ont plus de valeurs que l’opulence matérielle. Elles procurent une joie immense et une paix authentique. Il s’agit donc de la simplicité, de la douceur, de la sensibilité à la souffrance, de la recherche de justice, du pardon et de la recherche de la paix […]

La douceur

« Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. » (Mt 5, 5) On peut considérer la douceur comme le tempérament d’une personne, son accalmie, mais aussi plus que cela. Lorsque je parle de douceur, je fais particulièrement allusion à la façon que nous posons notre regard sur l’autre, à la manière dont les autres habitent nos pensées au quotidien. Par exemple, une personne qui a un tempérament fort, qui est fugace, énergétique, etc., peut être apriori considérée comme rude, violente, âcre, etc., pourtant elle peut être en même temps remplie de douceur dans la mesure où ses pensées, ses paroles et actions sont orientées en vue du bien de l’autre. Il n’y a pas de plus grand bonheur que de poser des gestes de bonté envers soi-même et les autres. Une telle attitude jaillit d’un cœur doux et non pas forcément d’un tempérament calme.

La douceur est une qualité qui amène à tout passer au crible de l’Amour : les paroles et les gestes. La douceur nous ouvre à l’autre et nous évite de le voir comme un ennemi, mais plutôt comme nous-mêmes ; non pas de l’envier pour ses charismes et ses avoirs, mais à être contents pour lui ; non pas de nous réjouir de son malheur, mais de compatir à sa peine et de pleurer avec lui. En effet, tout ce que nous posons comme geste n’est que le reflet de ce que nous visons dans notre vie intérieure, dans notre cœur. Ainsi, si nos pensées et notre cœur, si nos entrailles ne sont que douceurs, alors il en sera de même pour nos paroles et actions, pour nos relations interpersonnelles, pour la vie en société, pour l’avenir de notre monde, pour le devenir de la création. La douceur est donc une source de bonheur insoupçonnée qui peut changer le cours de l’histoire.

La justice

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » (Mt 5, 6) Par justice, je n’entends pas le fait de revendiquer ou de faire valoir ses droits à tout prix, mais plutôt la qualité qui repose sur l’aptitude à rechercher sans cesse le respect, non seulement de soi, de son droit, mais aussi le respect des autres et leurs droits. Par ailleurs, la recherche de la justice n’est pas synonyme de recherche d’égalité d’un point de vue quantitatif. C’est plutôt, selon moi, l’attention à notre propre besoin et à celui de l’autre qui favorise la « vie bonne ». Mais, quand est-ce qu’on peut parler de « vie bonne » ? C’est lorsque tous ont accès à des besoins primaires en quelque lieu que ce soit. C’est lorsque la dignité de chacun en tant que personne humaine est respectée. C’est lorsque l’espace entendu comme territoire géographique est accessible à tous, c’est lorsque tous participent à faire de notre environnement de vie un lieu propice au « vivre ensemble » dans la recherche du bien commun qui constitue « le pilier central de notre vie collective[1] » dans la mesure où c’est elle qui rassemble les individus autour d’un projet commun afin de favoriser la vie bonne. Ainsi, le bien commun renvoie au « vivre » et à l’« agir » ensemble.

Rechercher la justice c’est aussi permettre que le « bien commun » soit accessible à tous et pas uniquement à une minorité au détriment de la majorité. Autrement dit, la justice est dans un certain sens présentée comme la norme fondamentale de l’État qui garantisse à chaque individu sa part du bien commun[2]. Avoir soif de justice au même titre qu’avoir soif d’eau est alors une nécessité vitale, car c’est sine qua non à toute vie en société. Avoir faim de justice au même titre qu’avoir faim de nourriture devient de fait l’affaire de tout humain. La faim et la soif de justice nous mettent en relation avec les autres dans nos différences, dans nos réalités respectives. Elles nous rendent solidaires les uns les autres et suscitent en nous la bienveillance puisque la « vie bonne » qui est la visée de la justice nous décentre de nous-mêmes, mais aussi des autres avec qui nous cohabitons. Voilà en quoi réside un certain sens du bonheur aujourd’hui, c’est-à-dire la recherche de la justice où chacun possède une place au nom de la dignité humaine ; où l’autre est respecté et a accès aux ressources nécessaires pour une « vie bonne ». La justice est donc une source de bonheur insoupçonnée qui nous décentre de nous-mêmes et nous fait voir qu’il y a beaucoup plus de joie et de bonheur en présence des autres que seul.

© Léandre Syrieix.

[1] Comité des affaires sociales AÉCQ, Le bien commun : Vivre et agir ensemble, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec (coll. Publication de l’AÉCQ), 2006, p. 1.

[2] Ibid., p. 1.

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