L’ami de tous

[:fr]Fonds Daniel Abel[:]

La joie de l’engagement.

La présente réflexion concernant la catégorisation et «les étiquettes collées aux gens » a jailli à la suite de ma méditation sur un extrait biblique : Évangile de Luc 7, 31-35. En effet, ce fragment de la Parole de Dieu m’a permis de m’arrêter sur mes expériences relationnelles personnelles ainsi que sur nos manières collectives de faire en catégorisant ou en essayant énergiquement à tout classifier voire étiqueter.

Jésus s’adressant à la foule se demande à qui comparer sa génération (Lc 7, 31) et mentionne différents qualificatifs qui lui sont attribués ainsi qu’à toute personne envoyée au Nom du Seigneur : possédé, glouton, ivrogne, publicain, pécheur… (Lc 7, 33-34). La méditation de cette péricope m’a permis de m’arrêter sur mon vécu. Certaines personnes se questionnent sur mon image, mes tatouages, mes propos, mes prises de parole : pour les uns, c’est par curiosité ; pour les autres, c’est pour émettre un jugement de valeur à partir des leurs. Des questionnements surviennent par ailleurs par rapport au fait que j’ai des Dreadlocks (long cheveux) ; que je porte le col romain ou la soutane ; que je sois une contradiction ou un contraste par rapport à l’image du chrétien voire du prêtre, etc. Plusieurs interrogations me sont souvent lancées : Es-tu finalement progressiste ou traditionaliste ? Cherches-tu à attirer l’attention sur toi ou sur le Christ ? Pourquoi veux-tu te mettre en marge ? Pourquoi cherches-tu à tout prix à attirer les regards ? Etc.

Tous ces questionnements sont légitimes et les réponses que je peux y apporter se trouvent dans les propos du Christ : « par tous ses enfants, la sagesse de Dieu a été reconnue juste. » (Lc 7, 35) En effet, Dieu se manifeste à travers des évènements ainsi que chaque être humain. Autrement dit, c’est par ce que nous sommes qu’il se révèle à l’humanité ; c’est-à-dire par toute notre personne. En ce sens, il y a plusieurs manifestations de la sagesse de Dieu. Alors, si je n’ai pas d’affinité avec une spiritualité particulière ou un style donné, pourquoi devrais-je catégoriser les autres ? L’Apôtre Paul ne nous interpelle-t-il pas à ce sujet lorsqu’il avance : « Chacun de vous prend parti en disant : “Moi, j’appartiens à Paul”, ou bien : “Moi, j’appartiens à Apollos’‘, ou bien : ‘‘Moi, j’appartiens à Pierre’’, ou bien : ‘‘Moi, j’appartiens au Christ’’. Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1, 12-13)

Le Christ nous a montré divers moyens pour l’annonce de l’Évangile. Il a simplement été lui-même sans essayer de jouer un rôle ou de passer pour un autre. C’est ainsi qu’il s’est fait proche de tous, de chaque personne dans sa condition humaine tant du riche Zachée que du lépreux au bord du chemin ou de la femme accusé d’adultère. Il s’est donc fait l’« ami des publicains et des pécheurs » (Lc 7, 34) voire «l’ami de tous » et par conséquent, cela a attiré l’attention ; cela a provoqué des critiques.

La méditation de cet extrait d’Évangile me presse à situer «l’amitié » comme «un style » pour l’annonce de l’Évangile aujourd’hui. De fait, « amitié » dérive du mot « amour » et c’est en ce sens que le Pape Benoît XVI parle de philia, mot grec qui renvoie à «l’amour d’amitié ».[1] Autrement dit, l’amitié suppose une rencontre, l’établissement d’un lien ou d’une proximité ainsi que l’adoption d’un style sincère et naturel qui lui soit favorable. Finalement, il me semble que l’annonce de l’Évangile suppose une relation et une proximité favorisées par l’amitié comme style, sinon elle devient réduite à une vulgaire formalité à remplir ou encore, elle est imposée aux autres.

© Léandre Syrieix.

[1] Benoît XVI, Dieu est Amour. Lettre encyclique Deus Caritas Est du souverain pontife Benoît XVI, Paris, Bayard Éditions/Centurion, Fleurus-Mame et Les Éditions du Cerf, 2006, p. 20.

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