L’hospitalité : attitude radicale pour l’évangélisation

[:fr]Photo repérée à https://www.pinterest.com/pin/491736853039220522/[:]

 

Ac 16, 11-15 – Ps 149 – Jn 15, 26 – 16, 4a

Lundi de la 6e semaine de Pâques (A)

 

L’humain est un être essentiellement relationnel qui a besoin des autres pour son équilibre à tous les niveaux. L’isolement forcé actuellement dû à la pandémie de la COVID-19 nous montre que sans relations, l’humain sombre dans le pessimisme, la détresse psychologique, etc. Ainsi, si la relation est un besoin humain, il est donc clair que toute annonce de l’Évangile ne peut se faire sans véritable relation, sans une attitude s’osmose entre interlocuteurs. En ce sens, l’évangélisation requiert une attitude radicale qui se veut relationnelle : l’hospitalité.

L’itinéraire des Apôtres et disciples voire de l’Église naissante nous plonge au cœur de ce que nous appelons aujourd’hui « l’inculturation ». Il s’agit de voir comment semer l’Évangile dans la culture et particulièrement dans une culture qui n’est pas nôtre. L’Esprit-Saint qui accompagne Paul et ses compagnons les mène à Philippes, ville située en Macédoine dans une colonie romaine. C’est une ville de commerce où les femmes sont indépendantes et n’ont pas le même statut que celles de la région des Apôtres, c’est-à-dire des communautés juives. En ce sens, le texte indique que les femmes étaient réunies (Ac 16, 13) et cela révèle un tout autre type d’organisation connu des Apôtres. Toutefois, la figure de Lydie marque un tournant de l’annonce de l’Évangélisation aux nations. Elle est décrite comme une femme influente, libre, indépendante (Ac 16, 14) à qui le Seigneur ouvre l’Esprit pour accueillir sa Parole et se faire baptiser. Voici un nouvel instrument pour la propagation de la foi et de l’Évangile, car elle est choisie. On peut voir par le fait même que les plans du Seigneur sont très différents des nôtres, car il ne regarde pas comme nous. Toutefois, les personnes qu’il appelle sont choisies pour une mission particulière et la suite des textes néotestamentaires, plus particulièrement la Lettre de saint Paul aux Philippiens nous dit l’importance qu’a eu Lydie dans l’édification de cette nouvelle communauté.

Il semble que Lydie a forcé la main de Paul et ses compagnons pour demeurer chez elle (Ac 16, 15). Pourquoi cela si elle fut une baptisée et que cela devrait aller de soi ? Est-ce que cela serait dû au fait que c’était mal vu dans la tradition propre aux Apôtres (juive) de demeurer chez une femme seule ? Est-ce que cette situation ne nous rappelle-t-elle pas celle de Jésus avec certaines femmes comme la Samaritaine, Marthe et Marie, Marie-Madeleine ? Quoi qu’il en soit, quelque chose semble ne pas être une habitude pour Paul et ses compagnons si l’on doit leur forcer la main. Toutefois, l’Esprit-Saint qui habite désormais Lydie les interpelle : « Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer. » (Ac 16, 15) C’est en quelque sorte une invitation faite aux missionnaires de la Parole à transcender leurs conceptions et à dépasser leurs propres habitudes, traditions et cultures pour l’annonce de la Bonne Nouvelle : Jésus-Christ est mort et ressuscité pour que nous ayons la vie en plénitude, la vie éternelle. Il a donné sa vie pour qu’il n’y ait plus d’esclaves, de distinction de races, de sexes, etc.

Lydie ne force pas la main à Paul et ses compagnons pour des raisons idéologiques, féministes, doctrinales, commerciales, stratégiques, etc., mais pour leur rappeler des valeurs de la vie chrétienne : l’hospitalité. Elle force la main à des étrangers pour demeurer chez elle. Cela prend une étrangère, une païenne convertie pour rappeler aux croyants des valeurs évangéliques enseignées par le Christ : l’accueil de l’autre. Et nous aujourd’hui, forçons-nous la main aux migrants pour demeurer sur nos territoires ? Avons-nous en tout temps cette attitude de bienveillance comme Lydie à l’égard des étrangers, c’est-à-dire de toute personne extérieure à nos réseaux habituels ou à nos familles voire à nos communautés ?

Lydie, femme, adoratrice, écoutante et hospitalière, nous rappelle l’importance de transcender les mœurs, de pénétrer les cultures pour semer la graine de l’Évangile. Cela est possible par la relation créée avec l’autre, par l’hospitalité qui est la forme relationnelle ou la rencontre par laquelle l’Évangile s’enracine et prend chair. Si nous sommes appelés à annoncer l’Évangile en ce monde par le témoignage de vie, la première condition à remplir est l’hospitalité qui permet la rencontre et les conditions adéquates pour la réception de la Parole de Dieu. Puisse l’exemple de Lydie nous amener à forcer la main à l’Esprit-Saint pour demeurer chez nous voire en nous, pour changer notre regard sur le monde, pour aimer le monde tel qu’il est sans avoir peur de la différence.

© Léandre Syrieix.

(3)

 464 total views,  3 views today

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire