Miser sur l’avenir

© Leander Syrieix.

 

Ac 8, 5-8.14-17 – Ps 65 (66) – 1P 3, 15-18 – Jn 14, 15-21

6e dimanche de Pâques (A)

 

Les prévisions budgétaires d’un État ou d’un foyer visent à permettre de prévoir le nécessaire pour les années à venir. Les lois actuelles visant à réduire les rejets de polluants dans l’air ainsi que d’autres règlementations tendent à assurer l’avenir de la planète et à freiner le réchauffement climatique dont la disparition de nombreuses espèces en dépend. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’avenir de l’être humain sur la dimension spirituelle, c’est-à-dire l’Espérance en la vie éternelle, il n’est plus question de prévision à l’instar de l’économie ou de l’écologie alors que c’est le but de la vie chrétienne : miser sur l’avenir, sur la vie éternelle.

De tout temps, nous avons toujours eu besoin de signes, de preuves, d’éléments de vérifications pour accepter toute vérité, des théories ou des faits de quelque nature que ce soit. On retrouve cela dans l’itinéraire des Apôtres et de l’Église naissante au cœur de la mission d’évangélisation. En effet, les nations auxquelles ils portaient la Bonne Nouvelle s’attachaient par exemple à ce que Philippe leur disait à cause des signes qu’il avait posés (Ac 8, 6). Dans l’Ancien Testament, on retrouve une multitude de signes tels ceux dans le récit de l’arche de Noé, celui d’Abraham, celui de Moïse et du Peuple d’Israël, etc. Dans le Nouveau Testament, on retrouve plusieurs signes posés par le Christ telle la transformation de l’eau en vain, les guérisons miraculeuses, la multiplication des pains, etc., et à sa suite on retrouve également les nombreux signes posés par les Apôtres. Il est donc de notre nature humaine d’avoir besoin de signes, mais le Seigneur veux nous faire passer à un autre niveau. C’est en ce sens qu’il invite Thomas à cesser d’être incrédule et de croire sans voir (Jn 20, 29). Mais, nous en avons besoin, car souvent c’est une étape non négligeable dans le processus de la foi. Lorsque des nations considérées hérétiques comme la Samarie accueillent la Parole de Dieu, cela nécessite une reconnaissance de la part de la communauté chrétienne. En effet, on remarque en Ac 8 qu’il n’y a tout un processus dans le cheminement en vue de la vie chrétienne : accueil de la Parole de Dieu, baptême et confirmation par la prière ainsi que l’imposition des mains (Ac 8, 17) en vue de recevoir l’Esprit-Saint qui fortifie, qui accompagne, qui poursuit l’œuvre de Dieu en chacun et chacune de nous.

Cet Esprit-Saint nous a été promis et donné par le Christ comme défenseur (Jn 14, 16) et comme celui qui demeurerait toujours avec nous si et seulement si nous l’accueillions dans nos vies.

Cet Esprit-Saint est donc avec nous, jusqu’à la réalisation des promesses du Christ. Voilà pourquoi saint Pierre nous invite à être prêts à tout moment à rendre compte de notre espérance (1 P 3, 15), c’est-à-dire à demeurer en union avec cet Esprit-Saint de Dieu, à le laisser faire sa demeure en nous. Voilà donc un plan concret qui, à l’instar d’un plan d’épargne retraite ou de REER, nous permet de miser sur l’avenir. Celle-ci n’est rien d’autre que la place de l’avenir dans la vie chrétienne. Il s’agit des promesses de Dieu qui seront pleinement réalisées ici-bas. La foi et la confiance en Dieu permettent de nourrir cette attente des réalisations de ces promesses, mais de les anticiper grâce à la charité vécue sous l’action de l’Esprit-Saint. Les chrétiens sont souvent critiqués dans le sens qu’ils s’attèlent à croire en l’au-delà, fuyant les souffrances du temps présent ou évitant les réalités de ce monde, mais aussi qu’ils ont besoin de s’attacher à des réalités surnaturelles pour justifier les maux actuels. Tout cela est absolument faux parce que nous croyons au Christ mort et ressuscité, assis à la droite du Père et qui reviendra dans sa gloire comme il l’a promis. C’est l’objet de notre profession de foi chrétienne, le Credo de l’Église.

Voilà ce que saint Pierre nous invite à annoncer en tout temps à quiconque nous le demande, non pas dans la violence ou l’opposition, mais dans la douceur et le respect envers nos interlocuteurs qui ne croient pas. De toute évidence, habités par l’Esprit du Seigneur, nous ne pouvons qu’agir comme lui, car c’est par cette attitude que nous pourrons rendre compte de manière crédible, de notre Espérance. Le pape Paul VI écrivait que « […] “l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres — […] ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins” (EN 41)[1]. » Autrement dit, nous sommes appelés à être des personnes prêchant par une vie enracinée dans le Christ et habitée par l’Esprit-Saint. Seuls, nous ne pourrons absolument pas atteindre l’avenir chrétien, c’est-à-dire les réalisations des promesses du Christ. C’est pourquoi nous avons besoin de demeurer en constante union avec l’Esprit-Saint, notre défenseur. C’est un plan sûr qui permet de miser sur l’avenir, car c’est cet Esprit du Christ qui nous pousse à espérer en ses promesses dans la confiance en Dieu tout en rendant compte de cela au monde en l’aimant, c’est-à-dire dans la douceur et le respect.

© Léandre Syrieix.

 

[1] G. Routhier, « La miséricorde : fondement, principe et critère de toute réforme dans/de l’Église », À paraître dans la revue Théoforum (2016), p. 17.

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