Parle, ne garde pas silence

[:fr]La joie de l'engagement.[:]

 

Ac 18, 9 – 18 – Ps 46(47) – Jn 16, 20 – 23a

Vendredi de la 6e semaine de Pâques (A)

 

L’itinéraire des disciples du Christ dans les Actes des Apôtres met en lumière une autre attitude de l’évangélisateur. En effet, saint Paul a une vision rassurante de la part du Seigneur l’invitant au zèle pour Lui, à brûler d’ardeur pour l’annonce de la Bonne Nouvelle.

« Parler et ne pas garder silence » ne signifie pas « parler pour ne rien dire » ou pour éviter le silence. Il s’agit plutôt d’annoncer infatigablement la Parole de Dieu en tout lieu, en tout temps, sans repos parce que le monde en a besoin, il a besoin d’en être exposé. De fait, la Parole de Dieu est comme la lumière du soleil dont l’humanité a besoin pour en être éclairée, pour son équilibre à tous les niveaux. Voilà pourquoi l’annonce de la Parole de Dieu par tous les moyens est une urgence d’actualité. Elle nous presse. Il s’agit d’une annonce par tous les moyens et non pas seulement par des mots : une présence, un regard, un geste, un signe distinctif ou un symbole. C’est toute notre vie, tout notre être, qui doit être une annonce. À l’heure de l’expulsion des signes religieux de la sphère publique et bientôt même des espaces privés, nous pouvons être des signes vivants. Certains défendent l’idée selon laquelle la foi n’est pas enfermée dans des signes dont on n’a pas forcément besoin. Certes ! Toutefois, dans biens de situations, les signes visibles expriment ce en quoi l’on croit. C’est en ce sens par exemple que les sacrements sont des signes visibles du salut. Aussi, au cœur d’une société qui est en réaction ou qui est répugnée par des signes visibles comme la croix, le crucifix, « soyons des signes ! »

Les propos du Seigneur à saint Paul dans sa vision commencent par « sois sans crainte » (Ac 18, 9). C’est une invitation à faire confiance, à s’abandonner, à se fier à une parole qui ne trompe pas et qui ne déçoit pas. N’ayons pas peur d’annoncer le Christ. Sortons de nos tiédeurs et de nos silences, car il y a un Défenseur avec nous, l’Esprit-Saint promis par le Christ qui s’occupera de toutes nos éventuelles embuches. Les textes du Temps pascal, plus particulièrement l’itinéraire des disciples dans les Actes des Apôtres insiste sur l’Annonce de la Parole de Dieu. C’est une urgence actuelle alors que nous devons inventer des manières de nous rassembler et surtout d’aller à la rencontre du monde dans le contexte qui est le nôtre au Québec.

Que chacun de nous se rappelle les promesses des engagements de son baptême : « Je crois ! » Ce n’est pas une affirmation banale, mais qui nous engage et nous implique, car nous avons l’obligation morale de donner et de partager gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement. Cette lumière qu’est la Parole de Dieu ne doit point rester sous nos boisseaux (Mt 5, 16), c’est-à-dire enfouit dans nos conforts ou nos craintes dues au contexte de fermeture vis-à-vis du « fait religieux » dans l’espace public. Saint Paul nous rappelle : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (1 Co 9, 16). Oui ! Malheur à nous si nous n’annonçons pas à nos contemporains le Christ mort et ressuscité ; malheur à nous si nous nous taisons là où la Parole de Dieu pourrait sauver, convertit, ouvrir des cœurs, guérir, donner la vie ; malheur à nous si nous sommes des obstacles à l’œuvre salvifique du Christ qui s’opère aujourd’hui par sa Parole.

« Au moment où Paul allait ouvrir la bouche » (Ac 18, 14), il se produisit un miracle. En effet, le Défenseur a agi de manière inattendue. Cela nous dit que nous ne devons guère mettre une borne à l’action de Dieu en anticipant ce qui pourrait être la réaction des gens si nous leur annonçons l’Évangile. Lorsque nous serons violentés, rejetés ou tournés en dérision, n’oublions pas que le Christ, le premier, a été rejeté, haï, violenté, etc. Il n’existe pas de vie tranquille ni un bonheur permanent sur cette terre. Croire que la vie chrétienne est un long fleuve tranquille signifie refuser la croix. C’est aussi vouloir aller à la résurrection sans passer par la croix. Or, les souffrances du temps présent, à cause de l’Évangile, à cause du zèle pour le Royaume de Dieu, nous préparent à la joie éternelle.

Qui peut mieux comprendre cela qu’une femme ayant donné la vie ? Voilà l’image que prend le Christ pour signifier que la graine de l’Évangile que nous semons dans les cœurs, dans l’aujourd’hui de nos vies marquées par toute forme de violence ou de rejet procurera une grande joie que personne ne pourra jamais nous enlever : la vie éternelle. Dieu, comme une mère, nous enfante à la vie éternelle dans la douleur due à nos refus, nos rejets, nos infidélités, mais cette peine se transforme en joie lorsque nous nous convertissons. Soyons sans crainte, sortons de nos silences, proclamons en tout temps et en tout lieu la Parole de Dieu avec douceur et respect, en endurant les peines actuelles parce que d’elles, sortira une joie véritable et éternelle.

© Léandre Syrieix.

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