Qui sont les étrangers ?

[:fr]Daniel Abel Photograph[:]

Is 56, 1.6-7 – Ps 66 (67) – Rm 11, 13-15.29-32 – Mt 15, 21-28

20e dimanche du Temps Ord. (A) 

 

 

L’étymologie de ce mot révèle qu’il provient du terme latin extraneus qui signifie « extérieur, du dehors, qui n’est pas de la famille[1] », etc. Dans le langage courant, ce terme est utilisé pour désigner les immigrants ; les personnes venues d’ailleurs ou appartenant à d’autres cultures, etc. La multiplicité d’emploi de ce mot suscite une question que nous sommes en droit de nous poser : Qui sont les étrangers ? L’Écriture apporte plusieurs éléments de réponse et nous invite à transformer notre regard et nos attitudes envers l’altérité.

Connaissez-vous des étrangers ? À cette question, l’on serait porté à nommer des personnes venues d’ailleurs, qui possèdent un nom exotique, qui ont des us et coutumes différents… Mais, qu’est-ce qu’un étranger ? La réponse à cette question serait probablement liée précédente. Pourtant, en relisant les Écritures, l’on constate qu’il y pullule une multitude de références à l’étranger. Ainsi, Abraham se retrouve étranger tout comme le peuple d’Israël en Égypte. Dans plusieurs épisodes de l’Ancien Testament (AT), le Seigneur se fait étranger en prenant diverses apparences : ange (Gn 32, 25-29), passant (Gn 18, 1-15), etc. Lui-même s’est fait étranger en prenant notre condition humaine excepté le péché et a été rejeté. Le Christ nous révèle au cours de sa vie publique qu’un prophète est « étranger » dans sa propre patrie (Mc 6, 4).

Dans la tradition biblique, appartenir à Dieu revient à remplir plusieurs conditions comme être né d’une mère juive, être circoncis, etc. Ainsi, toute personne étrangère à cette tradition ne pouvait être juste et par conséquent, faire partie du peuple élu. Or le prophète Isaïe nous révèle déjà dans l’AT, c’est-à-dire environ 7 siècles avant Jésus-Christ, que tout étranger qui s’attache au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir son serviteur, qui observe le sabbat, etc. (Is 56, 6) sera conduit dans sa maison. Autrement dit, cet étranger trouve grâce aux yeux de Dieu et devient son enfant bien-aimé. Le Seigneur accueille donc toute personne qui se tourne vers lui. C’est d’ailleurs ce que fait le Christ tout au long de sa vie publique notamment dans son attitude envers la samaritaine, la Cananéenne, etc. De plus, sur la croix, il accueille le Bon larron dont l’histoire ne spécifie pas l’origine. Le Seigneur, par la bouche d’Isaïe, dit que sa maison s’appelle « Maison de prière pour tous les peuples » (Is 56, 7) et non pas maison pour des clans ; pour des groupes particuliers qui se fixent leurs propres règles, etc. Il s’agit plutôt de « la maison des nations ». En ce sens, questionnons-nous lorsque nos églises ou lieux de rassemblement ne sont pas composés de tous les peuples, de toute sorte d’étrangers. Dans le même sens, puisque nos maisons sont appelées à être des églises domestiques tel que nous le rappelle le Concile Vatican II, questionnons-nous lorsque nous n’y trouvons aucun étranger. Puisse nos églises, nos maisons, nos cœurs, nos vies, etc., être ces « maisons de prière de tous les peuples » où l’on chante, comme le psalmiste, l’Action de grâce à Dieu ; une louange agréable à ses yeux parce qu’elle est celle de l’ensemble de son peuple, celle de toutes les nations : « Que tous les peuples Dieu te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble. » (Ps 66, 32)

Ainsi, notre ministère sera alors semblable à celui de saint Paul, consistant à être donné pour les étrangers (Rm 11, 13) ; pour les nations ; pour ceux et celles qui ne remplissent pas certaines conditions humaines, mais qui s’attachent au Seigneur pour l’honorer (Is 56, 6). Paul est également l’Apôtre de la miséricorde, car il en a fait l’expérience. Il sait ce qu’être étranger aux yeux de Dieu, c’est-à-dire loin de la relation avec Lui. Paul a donc une sensibilité particulière pour toute personne étrangère dans la mesure où c’est à elle que le Seigneur fait le plus miséricorde. C’est d’ailleurs ce que souligne Matthieu à travers l’épisode biblique entre Jésus et la Cananéenne (Mt 15, 22), une brebis égarée à cause de son ethnie ou de son appartenance culturelle. Celle-ci implore le Seigneur, mais aux yeux de ses disciples, elle dérange (Mt 15, 23). De fait, elle trouble leur tranquillité par ses cris (Mt 15, 25). Mais, n’est-ce pas aussi parce qu’elle est étrangère ? Quelle est notre attitude envers les personnes qui nous agacent par leurs demandes ou encore, par rapport aux étrangers voire à tout ce qui nous est étranger ? Ce récit rapporté par Mattieu nous montre que l’humilité et la foi de la Cananéenne, de l’étranger, lui donnent de trouver grâce aux yeux de Dieu qui a écouté son cri. Autrement dit, quiconque se fait humble et met sa foi dans le Seigneur, obtiendra de lui miséricorde et des grâces particulières.

Puissent donc nos maisons, nos églises, nos cœurs, etc., être des lieux d’accueil de toute sorte d’étrangers ; des lieux où tous les peuples chantent Dieu et lui rendent grâce. Puissions-nous être, à l’instar de saint Paul, des Apôtres des nations qui conduisent le monde au Christ mort et ressuscité afin que plus rien ne sépare l’humanité de l’amour de Dieu.

© Léandre Syrieix.

[1] https://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=extran

 

(25)

 3,975 total views,  1 views today

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire