Pourquoi courir contre la montre ?

[:fr]Photo Keith Chiasson[:]

Is 2, 1-5 – Ps 121 (122) – Rm 13, 11-14a – Mt 24, 37-44 : 1er dimanche de l’Avent (A)  

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Tout va tellement vite, à grande vitesse, que nos vies quotidiennes sont devenues de véritables marathons, des courses contre la montre. C’est un fait dans toutes les dimensions de nos vies : sur le plan professionnel, la concurrence, la recherche continuelle des profits nous conduisent à un dépassement permanent au risque de tomber dans le stress conduisant à toute forme de dépression et d’épuisement ; sur le plan familial, nous nous imposons un rythme que bien souvent ce sont les enfants qui paient très chèrement le prix ; la vie conjugale n’en échappe pas ni les relations amoureuses, car tout doit être immédiat, rapide et nous ne prenons plus le temps. Les chrétiens n’en font plus ou peut l’exception, car nos épousons le rythme de vie du monde où nous vivons. Il n’est donc pas surprenant que l’Église, Peuple de Dieu, soit actuellement épuisée dans sa mission d’annonce de l’Évangile et ne fait plus preuve de créativité pour rejoindre les hommes et les femmes de ce temps. Au même chapitre, l’institution ecclésiale a atteint un point critique de fatigue structurelle, c’est-à-dire un épuisement profond dans ses formes et dans ses structures. Il se pose alors la question cruciale et urgente : « pourquoi courir contre la montre ? ».

 

Parce que c’est à une heure incertaine que nous aurons à vivre la venue du Seigneur que nous devons, dès maintenant, arrêter de courir contre la montre. Notre problème est que nous ne courons pas pour les affaires du

Seigneur, mais dans tous les sens. Et quand il nous arrive de courir pour les affaires du Seigneur, est-ce vraiment de cette manière que nous devons nous y prendre ? Nous tenir prêts, d’après l’invitation du Christ, consiste déjà à arrêter de courir ; arrêtez de stresser ; arrêtez nos hyper-activités, nos hyper-contrôles, nos hyper-occupations pour nous préparer. Autrement dit, l’Évangile nous invite à un mouvement permanent ; à développer une relation continuelle avec le Seigneur plutôt qu’à poser des actions ponctuelles et circonstancielles.

Photo ULAVAL

De fait, Le Christ est déjà venu ; il est déjà mort et ressuscité. Alors, pourquoi avoir un temps de préparation à sa Nativité chaque année ? C’est pour nous aider à vivre notre foi chrétienne comme un élan du cœur ; comme une relation permanente d’amour et non comme une obligation ; une formalité à remplir ou encore quelque chose calculé, voire utilitaire. Nous tenir prêts suppose donc d’arrêter de courir dans tous les sens ; d’arrêter de courir contre la montre ; de nous libérer de toutes sortes de stress tant physique, mental que spirituel.

En ce sens, saint Paul nous rappelle qu’arrêter de courir contre la montre pour nous tenir prêts à tout moment consiste à nous dire que « l’heure est venue de sortir de notre sommeil ». En effet, ce sont les gens du monde, les païens, qui courent dans tous les sens ; qui stressent pour peu de choses tandis que nous, croyants, nous savons que le jour est proche même si nous ne connaissons pas l’heure. C’est pourquoi il est pour nous nécessaire de nous préparer continuellement en quittant toute forme d’activité de ténèbres ; en nous conduisant honnêtement entre nous et au cœur du monde ; en revêtant le Christ pour en être des témoins partout où nous sommes. Et comment le faire ?

Isaïe nous propose de « marcher », mais pas n’importe quelle marche : « marcher à la lumière du seigneur ». Cela consiste à abandonner toute forme de conflit, d’opposition, de violence. Cela revient à accueillir toutes les différences sociales, ethniques, linguistiques, culturelles, etc. Car en présence du Seigneur tous les peuples seront rassemblés. C’est pour tous, sans exception, qu’il est né, qu’il est mort et ressuscité. En sa présence, il n’y aura plus d’opposition, de haine, etc. C’est pourquoi la vie chrétienne en ce monde est censée être pour chacun de nous une anticipation de ce qui nous attend en présence de Dieu dans l’éternité ; un temps d’exercices, de préparation, d’entraînement, une marche et non pas une course contre la montre ou le temps.

Choisir librement de nous tenir prêts, de nous préparer à la venue du Seigneur, de marcher dans sa lumière, d’arrêter notre course contre la montre, c’est cultiver comme le psalmiste la joie. C’est rechercher l’unité. C’est rendre grâce au Seigneur. C’est œuvrer pour la paix dans les cœurs et dans le monde en chassant de nos vies toute forme de haine tout en désirant notre propre bien et celui de tous.

Dans le temps de l’Avent en vue de nous préparer à la célébration de la Nativité du Seigneur ne doit pas être vécu comme une formalité une routine une habitude. Ceci doit nous rappeler au quotidien que notre mission d’annonce de l’Évangile, peu importe nos vocations particulières, ne doit pas être vécue à la course ni comme une formalité. Cette invitation à marcher plutôt qu’à courir en ce temps de l’Avant doit nous inspirer en Église pour sortir de notre fatigue, de notre épuisement tant personnel que structurel. Cela doit nous rappeler que nos vies chrétiennes vécues au cœur de la frénésie actuelle doivent être une marche, un cheminement et non pas une course contre la montre. Cela doit être un ralentissement pour marcher vers la lumière ; pour quitter nos activités ténébreuses en étant au cœur du monde des semeurs de joie ; des constructeurs d’unité ; des adorateurs et adoratrices du Dieu vivant et des artisans de paix.

© Ab. Léandre Syrieix.

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