Énergie : du spirituel au concret

@Photo Leander Syrieix

 

Ep 6, 10-20 – Ps 118 (119) – Mt 25, 31-40

Vendredi de la 4e semaine de Pâques (A)

Fête de Bienheureuse Catherine de Saint-Augustin

 

L’énergie est au cœur de la vie spirituelle de l’Église contrairement à ce que pourraient laisser penser plusieurs courants actuels qui mettent l’énergie de l’avant, et souvent comme un fait nouveau. Les Écritures en regorgent d’extraits relatifs à l’Énergie comme on peut notamment le voir chez saint Paul. Le pape Pie XII dans son encyclique Mediator Dei (1947) a rappelé que les chrétiens sont invités à tirer leur énergie de l’eucharistie et tendre à l’eucharistie, quels que soient leurs charismes propres et leur activité au sein de l’Église. On retrouve également dans la littérature patristique (des Père de l’Église) plusieurs allusions à l’énergie : les énergies incréées communiquées par l’Esprit-Saint et dont vivent les chrétiens (Grégoire Palamas) ; l’énergie divine s’opère chez le fidèle à un certain stade de sa vie spirituelle (Maxime le confesseur) ; l’énergie divine comme splendeur de l’essence divine (Saint Cyrille d’Alexandrie) ; etc. Pour revenir au fondement même, c’est-à-dire à l’Écriture, saint Paul parle de l’énergie entendue comme la force de la vie spirituelle procuré par le Saint-Esprit.

La vie spirituelle et le combat spirituel sont vécus quotidiennement par le chrétien et l’amène à prendre conscience que lorsqu’il se lève en société pour dénoncer certains maux ou pratiques, ce n’est pas contre des êtres humains (de chair et de sang), mais contre ce qu’il y a de mal en eux ou encore contre leurs actions mauvaises. Être chrétien n’est pas un long fleuve tranquille, c’est une vie de combat spirituel, mais aussi de joie dans le Seigneur qui procure l’énergie nécessaire. Ainsi, saint Paul, concernant le combat spirituel parle de l’armure spirituelle à revêtir. Les éléments de cette armure, au nombre de six, sont ceux du soldat et pris dans un sens symbolique pour montrer que le chrétien, sur le plan spirituel, expérimente un réel combat : (1) la ceinture de la vérité qui permet au chrétien de tenir debout et de se lever contre tous les maux ; (2) la cuirasse de la justice qui assure sa protection ; (3) l’ardeur de l’annonce de la Parole de Dieu aux pieds comme chaussure de combat ; (4) le bouclier de la foi qui le fortifie ; (5) le casque du salut qu’assure le Seigneur ; (6) le glaive de l’Esprit ou encore la Parole de Dieu pour se défendre.

La Parole de Dieu est une garantie pour le combat spirituel de toute personne qui met sa foi dans le Seigneur. En ce sens, le psalmiste nous rappelle qu’elle indique le chemin à prendre, qu’elle est rassurante et aide à dissiper les angoisses (Ps 118). Ainsi, observer la Parole de Dieu garantit de cheminer dans le droit chemin, de progresser dans le combat et la vie spirituelle. Elle nous donne les outils pour harmoniser en nous les énergies incréées. Dieu nous parle à travers elle, « Écoute Israël » (Dt 6, 4) ; il se révèle à travers elle, « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).

Le combat spirituel vise notre préparation intérieure afin que nous puissions agir par le témoignage de vie en manifestant l’action des énergies divines. L’originalité de la vie chrétienne se situe ainsi dans l’adéquation entre une vie spirituelle enracinée dans la Parole de Dieu ainsi que la prière et le témoignage de vie qui renvoie à l’incarnation de la Parole de Dieu dans nos réalités humaines. Autrement dit, tout le processus de la vie spirituelle et du combat spirituel doit nécessairement aboutir à la relation avec l’autre, à l’action, à l’engagement. En ce sens, le Christ nous interpelle sur nos actions envers le prochain : ceux et celles qui ont faims et soif ; qui sont étrangers, nus, malades ou en prison (Mt 25, 35-36). L’attention aux plus petits, aux démunis, à nos frères et sœurs peu importe leurs conditions, devient alors le « lieu » par excellence où s’incarne la Parole de Dieu, où elle prend chair, où la vie spirituelle devient engagement, action.

On perçoit cette concrétisation de la vie spirituelle à travers les actions de nombreux hommes et femmes comme la bienheureuse Catherine de Saint-Augustin. Dès son jeune âge, elle fut remarquable par sa beauté, sa joie de vivre, sa spiritualité et sa force de caractère. Elle entre au noviciat à 14 ans et deux ans plus tard, elle embarque pour la mission au Canada et fait le vœu d’y vivre ainsi que d’y mourir si telle est la volonté de Dieu. Catherine de Saint-Augustin manifeste très jeune une profonde inclination à faire de façon absolue la volonté de Dieu. Sa spiritualité en est donc marquée. Face au trafic d’eau-de-vie qui cause de nombreux ravages et maux chez les Amérindiens, elle prie pour que cela prenne fin. Sa vie spirituelle vécue avec intensité l’amène à vivre des expériences mystiques, mais dans la discrétion la plus totale. Toute cette vie spirituelle s’est incarnée dans son quotidien dans la mesure où elle fut une femme de décision et d’action. Elle a su, suite à de maints combats spirituels, déployer les énergies divines par ses actions. En effet, on pourrait constater cela à travers les consolations et les joies qu’elle apportait aux malades qu’elle soignait. À travers ces derniers, Catherine de Saint-Augustin a su rendre vivant la Parole de Dieu « J’étais malade et vous m’avez visité » (Mt 25, 36).

Le baptisé a besoin de puiser son énergie dans la spiritualité à travers une vie de prière, une fréquentation assidue de la Parole de Dieu, des exercices spirituels, etc. Cette énergie ne vise guère une complétude dans un état spirituel, mais doit plutôt s’incarner, prendre chair dans le concret de la vie chrétienne à travers l’attention au prochain. Ainsi, le véritable chrétien recherche un équilibre dans une vie spirituelle enracinée dans le Christ et incarnée dans son témoignage de vie.

© Léandre Syrieix.

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