Es-tu allumé ?

© Damien Izoulet.

Is 58, 7-10 – Ps 111 (112) – Mt 5, 13-16 

Messe 5e dimanche du Temps Ordinaire (A)

 

 

Dans le langage courant, si l’on dit d’une personne qu’elle n’est pas allumée, elle devrait se poser des questions, car c’est péjoratif. Cela signifie qu’elle n’est pas une lumière, qu’elle est inintelligente ou « innocente ». Pourtant, dans l’Évangile du jour, le Christ dit à ses disciples, et donc à nous aujourd’hui, « Vous êtes la lumière du monde. » (Mt 5, 1) Comment comprendre cela à partir des Écritures et de la vie chrétienne au cœur de nos occupations quotidiennes ?

Le christ emploie l’image de la lumière qui sert à éclairer dans l’obscurité pour illustrer ce que les baptisés (e) sont appelés (e) à être, au cœur du monde, des lumières qui éclairent leurs frères et sœurs dans les ténèbres. En ce sens, la question « es-tu allumé ? » est alors pertinente puisque pour éclairer il faudrait être allumé. De fait, cette lumière du baptisé n’est rien d’autre que celle du Christ réfléchissant sur son visage pour illuminer le monde. Puisque les baptisés forment le corps du Christ, c’est-à-dire l’Église, on comprend alors que la lumière du Christ est appelée à resplendir sur le visage de l’Église afin d’éclairer le monde. En ce sens, « le Christ est la lumière des peuples ; réuni dans l’Esprit Saint, le saint concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la Bonne Nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (Mc 16, 15). » (LG 1) [1] Or, on constate au Québec la croissance de rapports complexes avec l’institution ecclésiale exprimés au niveau de la pratique, de la non-adhésion au contenu de la foi. De toute évidence, un fossé s’est creusé entre les fidèles et l’institution. Cela est notamment reflété dans la baisse de la pratique religieuse. La lumière du Christ ne réfléchit-elle plus sur le visage de l’Église, sur les visages des chrétiens ?

Le psalmiste, Isaïe et saint Paul nous proposent des moyens concrets pour décaper nos visages opaques et non-réfléchissants qui ne laissent plus passer la lumière du Christ. Il s’agit pour les baptisés d’être des personnes de justice, de tendresse, de pitié, de bien et de partage (Ps 111). Voilà des critères qui, à première vue, semblent banals, mais qui sont des « produits » efficaces pour rendre de nouveau nos visages réfléchissant à la lumière du Christ pour le monde. Isaïe appuie l’idée de justice et de partage. En fait, il nous interpelle sur le regard posé sur nos semblables, par rapport à la dignité humaine. C’est en posant sur le prochain le même regard que le nôtre sur nous-mêmes à travers le partage, la justice et l’accueil, que nous pourrions faire jaillir la lumière du Christ. Ce dimanche, l’Église souligne la Journée mondiale des malades et leur situation (isolement, précarité, etc.) doit nous interpeller. C’est en les visitant, en les accueillant dans leurs conditions de souffrance, en partageant leur réalité que nous pourrons par exemple faire resplendir sur eux et sur le monde la lumière du Christ pour les faire sortir de l’obscurité de la maladie. Alors, leur obscurité, celle de la maladie, deviendra lumière (Is 58, 10).

Saint Paul nous apprend que nous ne pouvons être allumés ni illuminer le monde par nos discours, « avec le prestige du langage ou de la sagesse. » (1 Co 2, 1) Son langage n’est rien d’autre que celui de la charité et du témoignage chrétiens. Sa proclamation de l’Évangile est celle de l’amour du prochain à la manière du Christ. Nos structures ecclésiales sont fatiguées, parce que dans certains milieux, leur langage vise davantage à convaincre plutôt qu’à témoigner à travers le réalisme quotidien. En ce sens, leurs langages ont perdu leur saveur et sont rendus fades dans la bouche du monde. Nous avons perdu « le sens du mystère de Dieu » dont parle saint Paul. En effet, la connaissance du « mystère de Dieu » est possible par le biais de l’expérience du témoignage chrétien, par le biais de la justice, du partage, de la visite de nos malades, etc. Ce n’est rien d’autre que l’incarnation dans notre époque.

Le pape Paul VI écrivait que « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres — […] ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » (EN 41)[2]  Ces témoins sont allumés et permettent que la lumière du Christ réfléchisse sur leur visage afin d’éclairer leurs frères et sœurs. Et nous qui sommes baptisés et qui formons le corps du Christ, c’est-à-dire l’Église, comment résonne pour chacun de nous l’interrogation « es-tu allumé ? » ?

Demandons à la Mère de Notre Seigneur, invoquée sous le vocable de Vierge de lumière, de nous obtenir de son Fils la grâce de nous laisser interpeller par sa Parole et de marcher à sa suite comme de véritables témoins de l’Évangile au cœur du monde pour que resplendisse sa lumière.

© Léandre Syrieix.

 

[1] Vatican II, « Lumen Gentium », dans Les seize documents conciliaires. Texte intégral, Montréal & Paris, Fides, 1966, p. 15.

[2] Paul VI, L’évangélisation dans le monde moderne. Exhortation apostolique, vol. 315 – janvier, Saint-Céneré, Discours du pape/Éditions Saint-Michel, 1976.

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