Distance sociale révélatrice

[:fr]Repéré à https://www.zerotoalpha.com/40-things-stop/[:]

Depuis l’accélération de la COVID-19 et surtout la profusion d’informations à ce sujet dans tous les médias, j’ai proposé dernièrement un premier regard spirituel sur les évènements. Mais aujourd’hui, je souhaite vous partager une réflexion personnelle et mon analyse sur la question, notamment en ce qui concerne la « distance sociale », que je considère révélatrice. Bien sûr, ces propos n’engagent que moi.

J’ai pris le bus il y a une semaine et je me suis proposé d’observer tous les usagers. La plupart avaient leurs écouteurs, certains portaient un cache-nez (probablement dû à la pénurie des masques en vente libre), un usager était au téléphone à haute voix, d’autres se concentraient sur leurs appareils électroniques ou un livre à la main. Plusieurs usagers sont montés et descendus à quelques arrêts, mais aucun n’osait regarder les voisins dans les yeux. Le calme à l’intérieur du bus était impressionnant, car on aurait cru que le temps s’était arrêté. Bien sûr, il y avait une distance physique entre chaque utilisateur : les directives de la Santé publique semblaient être bien suivies.

Il y a quelques jours, je suis sorti en voiture pour faire des achats de première nécessité. Grande fut ma surprise de croiser un nombre important de personnes à l’extérieur. Effectivement, le beau temps était au rendez-vous et plusieurs personnes (seules, en couple ou en famille) se déplaçaient tranquillement, probablement pour s’aérer et prendre une pause du confinement général. La distance entre les personnes obligeait certains à emprunter la chaussée et je n’avais pas le choix de ralentir ainsi que d’aller au rythme des piétons, d’autant plus que j’étais dans un secteur résidentiel de la ville de Québec. On aurait dit que je me retrouvais dans un autre monde, car les personnes rencontrées étaient calmes, certaines en pleine discussion avec une distance entre elles, d’autres étaient en train de courir. Sur la route principale, il n’y avait pas de trafic comme d’habitude et les conducteurs semblaient calmes, courtois au volant, etc. De fait, on aurait dit que je n’étais pas sur les routes habituelles.

Ce matin après deux semaines de pause due l’évaluation personnelle de la situation de pandémie actuelle, je me suis motivé pour aller faire mon sport (course) sur les plaines d’Abraham à Québec. J’ai été une fois de plus surpris de croiser un nombre important de personnes. Entre le jeune père de famille faisant son « jogging » avec son fiston et la jeune mère en compagnie de ses deux enfants ayant du plaisir dans leur discussion au cours de leur marche ou encore entre les aînés debout à plus de 2 mètres de distance enjoués par leurs échanges et d’autres de diverses catégories d’âge promenant leur animal de compagnie, on aurait dit le monde profitait simplement et autrement de la vie. Évidemment, la plupart de ces personnes marchaient sur la chaussée, obligeant ainsi les automobilistes à ralentir, mais aucun de ces derniers n’a fait preuve d’impatience au volant. Au contraire, certains s’arrêtaient, et d’un signe de la main, invitaient les piétons à avancer ou à traverser.

Tous ces constats m’ont amené, durant mon « jogging » à plonger dans une profonde réflexion et méditation ; à réaliser que la distance sociale nécessaire actuellement dans le contexte de pandémie de la COVID-19 révèle dans un premier temps que nous sommes des êtres relationnels. Ces relations ont été reléguées au second voir au dernier plan dans la période précédant la pandémie, et pour plusieurs raisons. Or, le contexte actuel qui nous impose un confinement volontaire ou forcé amène plusieurs personnes à prendre conscience de la valeur des relations humaines. De fait, nous expérimentons un manque qui crée ou nourrit le «désir ». Dans un second temps, la distance sociale indispensable aujourd’hui est révélatrice du besoin urgent de nous arrêter, de prendre du recul pour relire nos vies personnelles et collectives ; de changer radicalement nos manières de penser ou d’agir en privilégiant l’essentiel. Comme je partageais précédemment, on aurait dit que le temps s’est arrêté, que nous avions besoin de vivre de tels évènements pour mesurer l’urgence de prendre le temps autrement ; de prêter une attention à tout ce qui se passe autour de nous.

Mon espérance est que cette distance sociale obligatoire continue à creuser en moi, en chacun de nous, le désir de la relation avec l’autre ; à provoquer en moi, en chacun de nous, la saine habitude de savoir s’arrêter pour évaluer nos relations personnelles et sociales.

© Léandre Syrieix, diacre transitoire.

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