Qu’est-ce qu’un chrétien ?

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Qu’est-ce qu’un chrétien ?

Ac 14, 21b-27 – Ps 144 (145) – Ap 21, 1-5a – Jn 13, 31-33a.34-35

Messe du 5ième dimanche du Temps Pascal (C)

 

L’étymologie de « chrétien » indique que le mot vient du grec Χριστιανός (khristianos) qui signifie « disciple du Christ », pourtant on définit le chrétien comme une personne qui a reçu le baptême. Intéressons-nous aux Écritures sur le sujet. Le livre des Actes des Apôtres nous présente ce qu’est le chrétien tandis que l’Évangile selon saint Jean nous précise ce qu’est le chrétien selon le Christ.

L’auteur du livre des Actes des Apôtres présente les premiers chrétiens, les disciples du Christ comme ceux-là qui affermissent le courage des autres, qui les exhortent à persévérer dans la foi, qui prient, qui jeûnent et qui annoncent la Parole de Dieu (Ac 14, 22-24). Voilà les différentes actions que l’Église, c’est-à-dire les baptisés posent au quotidien dans différents champs : prédication, catéchèse, visite aux malades, activités caritatives, lutte pour la justice sociale, etc. Ainsi, dans chacune de mes implications (sociales, politiques, économiques, professionnelles…) au nom de ma foi en Jésus-Christ mort et ressuscité, je prends part à l’œuvre missionnaire de l’Église et je m’inscris dans la continuité de la tradition depuis les premiers disciples.

Seulement, dans l’Évangile de saint Jean, le Christ souligne que réaliser de telles œuvres ne suffit pas pour être Chrétien à sa manière. En effet, il donne un critère essentiel : « Aimez-vous les uns les autres ». (Jn 13, 34) Autrement dit, tous mes engagements au nom de ma foi en Jésus-Christ mort et ressuscité font de moi son véritable disciple si et seulement si je les réalise « avec amour ». Voilà le sens des propos de saint Paul : « J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. » (1 Co 13, 2-3) Ainsi, le Christ propose l’amour mutuel comme le signe par lequel le monde reconnaît ses disciples. Il s’agit du témoignage chrétien : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13, 35)

Nous pouvons former une réelle communauté de disciples, une véritable communauté chrétienne si nous nous aimons les uns les autres à la manière du Christ. Or nous aimer les uns les autres comme lui passe par la croix, les épreuves. C’est en ce sens que Paul et Barnabé « affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : “‘l nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu”. » (Ac 14, 22). Si l’amour réciproque ne soutient pas l’œuvre missionnaire de l’Église à laquelle nous participons, alors nous la réduisons à une simple organisation, à une entreprise exclusivement humaine et nous perdons toute crédibilité aux yeux du monde. Cela est un frein pour l’annonce de l’Évangile.

L’Église est un corps constitué de plusieurs membres, ce qui signifie que le chrétien, le disciple, ne fait pas route seul. Il est envoyé avec d’autres, c’est le cas de Paul et Barnabé. Ces deux porteurs de la Bonne Nouvelle n’auraient pu transmettre le message du Christ s’il n’y avait pas d’amour entre eux, s’ils étaient en opposition, s’il y avait des mesquineries entre eux, de la jalousie, de la médisance, etc. Il en va de même pour nos communautés chrétiennes. De fait, comment pouvons-nous donner l’envie au monde de nous fréquenter, d’embrasser le message de l’Évangile que nous essayons de transmettre par l’enseignement, la liturgie, les œuvres sociales et de justice, etc., si nous ne sommes pas de témoins crédibles de fraternité et de charité, si nous ne manifestons pas au monde l’amour du Christ en nous aimant déjà réciproquement et en aimant le monde vers qui nous sommes envoyés ?

Aimons-nous les uns les autres « comme » Dieu nous aime, « comme » le Christ nous l’a montré, c’est-à-dire avec simplicité et humilité. En ce mois de mai, Marie est un modèle que nous pouvons imiter. En effet, après l’annonciation, c’est-à-dire la nouvelle de l’Ange Gabriel, elle se met en route vers sa cousine Élisabeth. Ce titre de Mère de Dieu qui vient de lui être révélé, l’importante place qu’elle occupe désormais dans l’histoire du Salut ne la rend pas orgueilleuse, mais en toute humilité, elle se rend auprès d’une autre qui, à sa manière, joue également un rôle important pour notre salut. Demandons-lui cette même disposition d’esprit pour œuvrer ensemble, pour être de véritables disciples qui annoncent l’Évangile au monde actuel de manière crédible, en témoins. Puisse son exemple nous faire percevoir que la diversité des charismes au sein de la communauté chrétienne ne doit pas être un motif de division, de concurrence, d’orgueil, etc. Marie est la première disciple, celle qui s’est mise à l’école du Christ de Cana au cénacle en passant par la croix et la résurrection. Comme elle, nous pouvons véritablement être des disciples à la manière du Christ, c’est-à-dire « des chrétiens qui s’aiment ». Voilà le témoignage chrétien que nous pouvons manifester au monde ainsi que le signe par lequel la société nous reconnaitra comme disciples.

© Léandre Syrieix.

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