Aimer son ennemi

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1 S 26, 2.7-9.12-13.22-23 – Ps 102 (103) – 1 Co 15, 45-49 – Lc 6, 27-38  : 7e dimanche du temps ordinaire (C)

Qui peut affirmer avec certitude être capable d’aimer son ennemi du premier coup ? Au second coup ? Au troisième ? Est-ce vraiment possible ou est-ce une pure utopie que de prétendre aimer son ennemi ? Mais une question majeure se pose : qui est mon ennemi ? Une autre interrogation ne nous vient pas toujours à l’esprit, celle de savoir si nous ne sommes pas des ennemis de quelqu’un ou d’un groupe. Voilà une attitude complexe, celle d’aimer son ennemi, que le Christ propose aux chrétiens comme le point de départ pour véritablement être ses disciples. Parce qu’Il n’était ni idéaliste ni théoricien ; parce qu’il pratiquait ce qu’Il enseignait, le Christ nous propose plusieurs moyens concrets pour arriver à aimer son ennemi, un projet pourtant irréalisable humainement.

L’ennemi c’est celui qui n’est pas notre ami. Qui dit ennemi dit inimitié, car

il y a opposition entre l’amour et la haine, l’ami et l’ennemi, etc. On voit dans l’histoire biblique que celle-ci est traversée par cette navigation entre le peuple de Dieu ou le serviteur de Dieu et ses ennemis. On voit également qu’une inimitié oppose de nombreux personnages bibliques comme Caïn et Abel, Jacob et Ésaü, Joseph et ses frères, David et Saül, etc. Le Christ lui-même a eu de nombreux ennemis tout au long de sa vie publique. Et nous ? n’avons-nous pas des ennemis ? Ne sommes-nous pas des ennemis pour certaines personnes ? Ne sommes-nous pas des ennemis pour nous-mêmes ? Quoi qu’il en soit, le Christ nous invite à aimer nos ennemis.

Aimer son ennemi ne signifie pas avoir des sentiments à son égard comme envers son proche parent. Au contraire, cela invite à poser des actions concrètes à son égard : lui faire du bien, lui souhaiter du bien, prier pour lui, ne pas lui tourner le dos ou couper toute relation, donner sans rien attendre en retour (Lc 6, 27-30). Le Christ, devant la complexité des rapports ou des sentiments que l’on peut éprouver à l’égard de l’ennemi propose des actions concrètes. En ce sens, aimer son ennemi ne suppose pas de chercher à avoir des sentiments envers cette personne, car c’est une étape ultérieure qui nécessite toute une guérison, une intervention divine.

L’amour de l’ennemi nécessite donc des actions claires, concrètes ainsi qu’une volonté, un désir d’entrer dans un processus de pardon et de réconciliation. Mais ensuite, cela suppose de demander au Seigneur des forces surnaturelles, les grâces nécessaires pour y parvenir : la miséricorde. En ce sens, le Christ nous invite à être miséricordieux comme le Père c’est-à-dire à être configurés à Lui. Cela est possible si nous lui demandons avec humilité et vérité la grâce de ne point juger, de ne point condamner et de pardonner (Lc 6, 36-37). Être miséricordieux comme le Père est humainement impossible. C’est pourquoi nous avons besoin de lui demander cette grâce qui agira à travers nos actions concrètes. Aimer son ennemi c’est en conséquence être capable de ne plus le regarder, mais de tourner notre regard vers Dieu. Ce n’est donc qu’en regardant vers Dieu, en faisant comme lui que nous pourrons aller sur le terrain de l’ennemi avec un regard divin. Ne l’oublions pas, c’est tel que nous voudrions que Dieu nous regarde ou agisse à notre égard que nous devons regarder les autres, surtout nos ennemis, et agir envers eux.

Un cas pratique qui pourrait nous aider à avancer dans la réalité quotidienne est celui de l’inimitié opposant David et Saül. En effet, David refuse de porter atteinte à la vie de Saül, l’oint du Seigneur (1 S 26, 9). Cet exemple doit nous stimuler en tant que chrétiens et chrétiennes ainsi que nous aider à porter un regard bienveillant sur nos ennemis. Si nous reconnaissons le prochain comme créé à l’image de Dieu, pire encore s’il a été baptisé c’est-à-dire fait prêtre, prophète et roi, alors la crainte du Seigneur devrait nous habiter comme ce fut le cas de David. Percevoir dans l’ennemi une créature de Dieu peut nous pousser à entreprendre un chemin de réconciliation plutôt que de chercher à l’éliminer. Et si cet ennemi était moi même ? Entreprendrai-je son extermination ? J’aimerai être en vie et pardonné !

Qui est l’ennemi ? Il peut être nous-mêmes, l’autre ou le prochain voire un groupe d’individus, etc. Mais lorsqu’il s’agit de personnes humaines, l’attitude à avoir à leur égard ne peut être celle de l’extermination ou du meurtre, car l’ultime commandement d’amour est la réponse adéquate pour toute personne qui se dit chrétienne ou disciple du Christ. Cependant, cela n’est pas possible d’un seul point de vue humain même si le Seigneur nous donne des pistes concrètes comme « faire le bien », « prier », « ne pas couper la relation », « donner sans rien attendre en retour », etc. C’est alors qu’il est essentiel de se tourner vers Dieu pour demander les grâces nécessaires afin d’être miséricordieux comme Lui. Ainsi, nous pourrons faire l’expérience surnaturelle du pardon afin d’aimer nos ennemis et d’être capables, comme David, de reconnaître en eux le visage du Seigneur ; des semblables ; des personnes créées à la ressemblance de Dieu.

© Ab. Léandre Syrieix.

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