La proportionnalité de l’Amour

Photo Leander Syrieix.

Gn 12, 1-4a – Ps 32 (33) – 2 Tm 1, 8b-10 – Mt 17, 1-9 

2e dimanche du Carême (A)

 

 

Le message de l’Évangile se résume en l’Amour de Dieu et celui du prochain auquel nous sommes invités à la suite du Christ qui a donné sa vie pour nous. Chaque année, notre Mère Église nous propose le Temps de Carême comme un moment propice pour resituer ce principe d’Amour non seulement de Dieu, mais aussi du prochain dans nos vies. La 2e semaine de ce temps liturgique nous propose de découvrir dans l’Écriture la proportionnalité de l’Amour.

Dieu demande à Abraham de quitter son pays, sa parenté et de s’en aller dans un pays qu’il lui indiquera (Gn 12, 1). Abraham répond en posant un acte de confiance sans aucune garantie. Cela peut sembler absurde dans le contexte sociétal actuel où nous avons besoin de garanties pour tout, des contrats qui nous protègent, qui assurent nos droits, etc. Abraham se met en chemin comme le Seigneur le lui a demandé. Il se fie à une « parole ». Mais, aujourd’hui, la parole d’un autre ne suffit plus dans nos relations humaines, surtout entre adultes. Nous avons sans doute besoin de redécouvrir notre cœur d’enfant, car seul ce dernier est capable de se fier à la parole d’un autre, notamment à celle de ses parents en qui il reconnaît des personnes de confiance. Notre Mère Église, celle de Québec, nous propose par exemple de nous regrouper en « communion de communautés » pour la mission, d’abandonner nos visions plus individualistes[1] pour une qui soit communautaire. Elle nous invite à nous rassembler pour célébrer des liturgies de la Parole sans eucharistie. Mais, faisons-nous assez confiance en la parole de cette Mère Église pour, à l’instar d’Abraham, faire confiance et nous mettre ensemble pour annoncer l’Évangile ou plutôt, résistons-nous en exigeant des garanties ou en manifestant nos objections ?[2]

Le psalmiste nous présente un Dieu fidèle (Ps 33). Reconnaissons-nous sa fidélité dans nos vies ? Il nous révèle que l’Amour de Dieu est proportionnel à l’Espérance que nous mettons en Lui, notamment en sa Parole. Donc, plus nous espèrerons et croirons en Lui, plus il nous comblera de son amour : c’est cela la proportionnalité de l’Amour.

Saint Paul nous rappelle que nous avons reçu, à la suite du Christ, la mission d’Annoncer l’Évangile. Ce n’est pas un office banal ni simple qui va de soi aujourd’hui dans le mesure où c’est un sport extrême nécessitant une force physique, mentale et spirituelle donnée par le Père. Saint Paul parle des souffrances qui sont liées à cette annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et il nous invite à y prendre par sans crainte. On voit donc que cette annonce de l’Évangile dépend de la proportionnalité de l’Amour : plus nous croyons et espérons en ce que nous annonçons, plus le Seigneur nous comblera des forces nécessaires pour l’évangélisation. Ailleurs, Saint Paul affirme « malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16). Notre ADN, c’est donc l’Annonce de l’Évangile en toute circonstance, en tout temps, etc.

Nous avons souligné qu’Abraham fit confiance en la seule « parole » de Dieu. Les Apôtres Pierre, Jacques et Jean furent, quant à eux, témoins de la transfiguration, de la manifestation de Dieu en son Fils Jésus qu’ils ont côtoyé, touché, écouté et pourtant ils ont été lents à croire. La voix du Père se fit entendre (Mt 17, 5) de nouveau après l’épisode de son baptême (Mt 3, 17). Tout cela nous montre qu’il y a des personnes qui croient sans aucune garantie, mais sur la base d’une parole ; il y en a d’autres qui, malgré des signes ou des manifestations, sont lents à croire et ont besoin de ce long processus de maturation de la foi pour arriver à intégrer dans leur vie cette notion de « proportionnalité de l’Amour » de Dieu.

Le Fils de Dieu se révèle à nous au quotidien, le Père nous invite à l’écouter, à croire en Lui et à aller au cœur du monde annoncer l’Évangile, proclamer que Jésus-Christ est Seigneur, que c’est Lui qui donne sens à toute vie, à toute existence dans une société de plus en plus en quête de sens. Saint Jean-Marie Vianney disait que « l’épreuve produit la patience, et la patience l’espérance […] qui fait tout le bonheur de l’Homme sur la terre[3]. » De fait, « les trois actes de foi, d’espérance et d’amour renferment tout le bonheur de l’Homme sur la terre »[4]. Ainsi, osons prier de la sorte : « Mon Dieu, donne-moi la foi, et je t’aimerai de tout mon cœur[5]. » Plus nous croirons en Dieu Trinité, plus nous espérerons en ses promesses et plus nous l’aimerons en tout.

© Léandre Syrieix.

 

[1] « Ma paroisse », « mon église », « mon curé », « ma messe », etc.

[2] Par exemple, mon parcours vocationnel s’est vécu et se poursuit sans aucune garantie, pourtant j’avance, mais dans la Confiance et l’Espérance en ce Seigneur qui ne se trompe jamais et ne nous trompera jamais.

[3] Bernard Nodet, Jean-Marie Vianney Curé d’Ars. Sa pensée – Son coeur, Paris, Cerf, 2006, p. 70.

[4] Ibid., p. 67.

[5] Ibid., p. 69.

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