Nos souffrances sont-elles proportionnelles à nos fautes ?

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Ex 3, 1-8a.10.13-15 – Ps 102 (103) – 1 Co 10, 1-6.10-12 – Lc 13, 1-9

3ième dimanche Carême (C)

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« Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour mériter cela ? » Voilà une phrase souvent présente dans nos bouches lorsque les épreuves sont à leur summum au cœur de nos vies. Quelquefois nous affirmons « j’ai mérité ce qui m’arrive, Dieu me punit. » L’expérience humaine de la souffrance nous amène naturellement à rechercher un « bouc émissaire », un responsable ou une cause extérieure. Bien souvent, c’est Dieu qui est, selon nous, la cause voire la sorcellerie, etc. De plus, la croyance juive de l’époque de Jésus d’après laquelle plus nous péchons, plus notre punition divine est équivalente est d’actualité. Mais, nos fautes sont-elles véritablement proportionnelles à nos fautes ou à nos péchés ?

Des drames surviennent souvent dans nos vies comme des génocides, des massacres, des catastrophes naturelles, des guerres, des conflits armés, etc., où de nombreuses personnes périssent. Est-ce que les malheurs qui arrivent à ces victimes s’expliquent par leurs péchés ? Cette question encore actuelle a été pourtant répondue par le Christ qui rejettait l’idée simpliste selon laquelle plus nous avons péché, plus notre malheur est équivalent. Le Christ invite plutôt à une repentance, à une conversion : « Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » (Lc 13, 3) De fait, est-ce important de rechercher des causes extérieures ? Des responsables ? Le Seigneur invite plutôt les vivants à une réelle conversion, car cela pourrait arriver à tout moment, à l’improviste. L’essentiel est de nous tenir prêts, et il n’y a que la conversion continuelle qui nous prépare à cela.

Le Christ, par son appel à la conversion, veut détourner notre attention, transformer nos regards. Il veut nous faire abandonner nos croyances ; celle d’un Dieu punisseur ou responsable de nos malheurs pour un Dieu patient qui attend de nous une conversion personnelle, intérieure. C’est ce que le Christ a illustré à travers la parabole du figuier (Lc 13, 6-9). En effet, devant nos obstinations à pécher, à demeurer dans nos suffisances, Dieu se montre patient. Il nous laisse le temps d’une nouvelle conversion en vue de prendre soin de nous; pour travailler à notre conversion : « “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.’’ » (Lc 13, 8-9) Le Christ nous représente un Dieu patient et miséricordieux. Ce temps de carême est une opportunité que nous pouvons saisir afin d’en faire l’expérience ; pour aller à la rencontre de ce Dieu patient et miséricordieux à travers des actions concrètes comme la fréquentation du sacrément de la réconciliation, des démarches de pardon envers des personnes qui nous ont offensés ou que nous avons offensées, des engagements personnels, voire collectifs pour changer dans nos vies des pratiques ou croyances qui ne portent pas de fruits, etc.

Quiconque se tourne vers Dieu avec une sincérité du cœur ne sera jamais abandonné. Car le Seigneur lui manifestera sa miséricorde. Cette figure de Dieu miséricordieux nous est présentée dans le livre de l’Exode. Dieu voit notre misère, il entend nos cris (Ex 3, 7) uniquement lorsque nous les dirigeons vers lui avec un réel désir de conversion, car il connaît nos souffrances et veut que nous soyons libérés. Toutefois, la condition demeure notre conversion.

Le psalmiste nous rappelle également la tendresse de Dieu et sa pitié (Ps 102) à l’égard de quiconque revient à lui. Son amour pour l’humanité est sans limites, mais c’est nous qui mettons une bonne à sa miséricorde par nos refus d’aimer, de nous réconcilier ; par nos repliements sur nous-mêmes, sur nos blessures personnelles et collectives. Le psalmiste nous rappelle que Dieu pardonne toutes nos fautes, car il n’y a rien qu’il ne puisse pas pardonner. Croire que nous ne puissions être pardonnés d’une faute commise c’est encore pécher plus lourdement. Le psalmiste nous rappelle que Dieu est patient, lent à la colère et plein d’amour. Ne refusons donc pas cet amour gratuit qu’il nous offre, changeons nos cœurs et convertissons-nous.

Saint Paul nous dit en ce sens que nous devons boire à la source, au rocher : le Christ. Il nous attend ainsi au sacrement de son amour : la réconciliation. Comme l’affirme saint Paul, l’Écriture est là pour nous avertir, pour nous guider vers le chemin, la vérité et la vie. C’est pourquoi quiconque parmi nous se croit solide doit faire attention à ne pas tomber (1 Co 10, 12).

Penser que les malheurs qui nous frappent ou encore que nos épreuves soient des punitions du Bon Dieu voire qu’elles sont correspondantes à nos péchés est une vision simpliste de Dieu que le Christ réfute. Le Seigneur nous révèle plutôt, un Dieu patient envers l’humanité. De plus, il nous est présenté comme celui qui écoute les cris de souffrance de son peuple. Il est un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour. Le Christ rejette donc toute croyance selon laquelle nos souffrances sont proportionnelles à nos péchés et nous il invite plutôt à une conversion sincère du cœur plutôt qu’à une recherche de causes extérieures, de « boucs émissaires ». Cette conversion est plus qu’urgente ; elle nous presse et ce temps de carême est propice pour nous réconcilier avec Dieu et le prochain. Ne mettons donc pas de bornes à son infinie bonté manifestée continuellement à chaque fois que nous allons au sacrement de la réconciliation : c’est le sacrement de son amour.

© Ab. Léandre Syrieix.

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