Homélie du Jeudi Saint[:]


La liturgie de Pauvretece Jeudi Saint 2014 nous propose de méditer dans la première lecture un passage de l’Exode où Dieu institue un mémorial. Il se fait proche du peuple d’Israël en servitude en descendant vers lui : « Cette nuit-là, je traverserai le pays d’Égypte » (Ex 12, 12). Dieu vient ainsi à la rencontre de sa créature, il s’abaisse pour la rejoindre dans son humanité. C’est ce même geste d’abaissement que le Christ réalise avant la Pâque lors de son dernier repas avec ses disciples à travers le « lavement des pieds ». L’Évangile indique : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1). Là se réalise à nouveau l’acte d’amour de Dieu pour l’humanité. Cet acte d’amour est encore plus explicite à travers le geste du Christ : « il se mit à laver les pieds de ses disciples » (Jn 13, 5).

Le Christ s’abaisse, il se fait serviteur, il se fait tout petit, il pose de nouveau l’acte de Dieu qui, en Exode 12, est descendu à la rencontre du peuple d’Israël. Cependant, le Christ ne se contente pas de laver les pieds de ses disciples, il ajoute : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Le Christ nous invite donc à poser comme lui des gestes d’amour, à nous aimer, à nous faire proche des uns des autres. Il nous invite à nous rabaisser, à l’attention à l’autre, même à ceux et celles pour qui nous n’avons aucune considération.

Le Christ nous invite à vivre le « sacrement du Frère » à sa suite par l’attention aux autres, à travers l’accompagnement des personnes en fin de vie au quotidien, et non à l’atteinte de la vie par l’entremise de « l’aide médicale à mourir » qui est un chemin sans retour. L’évangéliste nous dit que « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1). N’est-ce donc pas une invitation du Christ à faire de même ? « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15). Il incombe donc à nous chrétiens et personnes de bonne volonté d’avoir la responsabilité de la vie de l’autre. Nous devons avoir le souci de l’autre et non abréger sa vie, nous devons aimer l’autre jusqu’au bout comme le Christ, car Dieu nous demandera sans doute comme à Caïen : « où est ton frère […] ? Qu’as-tu fait ? » (Gn 4, 9 ; 10). S’abaisser comme Dieu et comme le Christ, c’est aller au cœur de la souffrance du monde comme ils l’ont fait. Dieu n’a pas abrégé la souffrance de l’humanité en mettant fin à sa vie, car « il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! » (Ps 115, 15). Au contraire, il l’a soutenu en faisant route avec lui.

L’Évangile de cette messe de la Cène de notre Seigneur, contre toute attente, ne met pas l’accent sur l’institution eucharistique, mais sur le service de l’autre. Voyons en cela une invitation à prendre au sérieux et à découvrir toute l’importance de l’attention à l’autre, de l’attention au « sacrement du Frère ». Dans la première lecture, Dieu dit : « si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre de personnes » (Ex 12, 4). Cette Parole de Dieu trouve un écho significatif dans l’invitation du Christ à s’ouvrir aux autres, à partager avec les autres. Cela s’adresse à nous aujourd’hui qui sommes réunis autour de la table eucharistique, au cours de ce repas. Avec qui partageons-nous ce repas ce soir ? Qui portons-nous ce soir dans nos cœurs ? Notre « plus proche voisin » est-il invité ce soir au repas ? Fait-il souvent partie de notre table ? Lui lavons-nous souvent les pieds ? Jésus aima les siens jusqu’au bout ; comme lui, à sa suite, aimons-nous les uns les autres jusqu’au bout dans la patience, dans les moments de joie et de peine. N’oublions pas que dans notre histoire de Salut Dieu a posé des gestes d’amour, dans la nuit pascale il est descendu vers son peuple en servitude. Il a manifesté ce geste dans l’histoire à travers le mémorial de la Pâque. Souvenons-nous de ce passage, faisons mémoire des actions de Dieu dans nos vies afin que dans les jours plus difficiles, que nous n’oubliions pas que notre créateur chemine avec nous. C’est là un chemin d’espérance dans lequel Dieu nous invite à entrer dans ce Triduum pascal. Entrons, veillons toute la nuit avec le Christ pour vivre avec lui sa passion dans l’espérance de la résurrection.

Réunis en Église pour revivre cette Cène du Christ, nous sommes sans cesse introduits dans le mémorial de Dieu avec son peuple : « ce jour-là sera pour vous un mémorial » (Ex 12, 14), dans le mémorial du Christ que saint Paul exprime dans la seconde lecture : « je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur » (1 Co 11, 23). Le Christ a offert sa vie une fois pour toutes pour que nous soyons sauvés, c’est pourquoi comme le psalmiste nous pouvons dire : « Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur » (Ps 115, 18). Soyons dans l’action de grâce parce que nous prenons corps dans la coupe et le pain que le Christ a offert pour nous par le don de sa vie. Nous sommes privilégiés d’avoir cet admirable sacrement dans lequel Dieu s’abaisse chaque jour, dans lequel il vient à notre rencontre, dans lequel il vient nous relever et nous sortir de nos servitudes. Comme disait le saint curé d’Ars, « lorsque Dieu voulut donner une nourriture à notre âme pour la soutenir dans le pèlerinage de la vie, il promena ses regards sur la création et ne trouva rien qui fût digne d’elle. Alors il se replia sur lui-même et résolut de se donner[1] ». Reconnaissons ainsi sa présence dans les autres, à travers le service rendu au prochain et dans la présence de Dieu au cœur de nos vies.

© Léandre Syrieix.

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[1] Bernard Nodet, Jean-Marie Vianney curé d’Ars, sa pensée, son cœur, Paris, Cerf, 2006, p. 117-118.

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